« Dès qu'il (elle) me touche, c'est pour du sexe ! » : Écart de désir dans le couple
- 12 nov. 2022
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Dernière mise à jour : 15 mai
Il (elle) pose une main sur votre épaule, et vous vous crispez déjà. Pas parce que vous ne l'aimez plus, mais parce que vous savez où ça mène. Ou du moins, vous le croyez. L'écart de désir entre partenaires est le premier motif de consultation en sexologie. Il touche autant les hommes que les femmes, à tout âge. Et il s'installe souvent en silence, jusqu'à ce que même les gestes tendres deviennent un terrain miné.

Il n'y a rien d'alarmant à avoir une baisse temporaire de libido. Si le couple est heureux et épanoui, l'absence ponctuelle de rapports sexuels ne pose pas de problème en soi. Mais lorsque le désir ne coïncide plus dans la durée, cela peut faire naître des sentiments de tristesse, de frustration, de culpabilité voire de colère.
1- Qu’est ce que la libido ?
La libido, c'est cette pulsion qui pousse vers l'autre ou vers le plaisir. Elle n'est pas fixe, ni identique d'une personne à l'autre.
Elle peut surgir de façon spontanée (un regard, une odeur, une image) ou de façon réactionnelle, en réponse au désir de l'autre, dans le bon contexte, au bon moment. On parle aussi de désir circonstanciel : lié à un lieu particulier, une ambiance, un moment donné.
Et c'est déjà là que les malentendus commencent.
2- Le « désir normal » : ça n'existe pas
Il n'y a pas de fréquence idéale, pas de thermomètre du désir. Ce qui compte, c'est l'écart entre les deux partenaires et ce qu'il génère comme tension.
On distingue plusieurs formes de baisse de désir :
Primaire : présente depuis toujours, depuis les débuts de la vie sexuelle
Secondaire : apparue après une période sans difficulté
Généralisée : absence de pensées, fantasmes ou envies, seul(e) comme en couple
Situationnelle : la personne se masturbe, mais n'éprouve pas de désir pour son/sa partenaire
3- Ce qui peut éteindre le désir
Les déclencheurs sont nombreux et souvent entremêlés : stress, fatigue, manque de sommeil, anxiété, tensions de couple, préoccupations professionnelles ou familiales, croyances culturelles ou religieuses, traitements médicamenteux, bouleversements hormonaux...
Parfois, c'est aussi une blessure ancienne non digérée, une expérience négative, une image de soi difficile, une peur des fantasmes de l'autre, qui agit en sourdine sans que la personne en soit pleinement consciente.
Et dans certains cas, c'est simplement une orientation sexuelle : l'asexualité* n'est pas un trouble, c'est une façon d'être. * L'asexualité est une orientation sexuelle caractérisée par une absence d'attirance sexuelle. Certaines personnes asexuelles n'ont jamais ressenti de désir, d'autres se sont identifiées comme telles plus tard dans leur vie.
* L'anaphrodisie est une absence totale de désir d'initier un contact sexuel. La personne peut éprouver du plaisir et atteindre l'orgasme, mais l'envie d'aller vers l'autre est au point mort.
* Le vaginisme est une contraction involontaire des muscles du vagin rendant la pénétration douloureuse, voire impossible, souvent associée à une peur intense.
* L'anorgasmie est la difficulté ou l'incapacité à atteindre l'orgasme, malgré une stimulation suffisante.
4- Et si c'était médical ?
Avant toute chose, mieux vaut écarter une cause organique. Une dépression, un déséquilibre thyroïdien, une chute de testostérone, certains traitements (antidépresseurs, contraceptifs hormonaux...) peuvent significativement impacter le désir. Un bilan médical est souvent la première étape utile.
5- Quand le toucher devient piège
Avoir une différence de désir ne traduit pas un manque de sentiments, mais un écart de besoins. Ce n'est pas la même chose, et cette distinction change tout.
C'est l'une des dynamiques les plus douloureuses que j'observe en consultation : à force de refus répétés, le partenaire demandeur n'ose plus rien initier. Et celui qui refuse appréhende chaque geste tendre, persuadé qu'il va devoir dire non encore une fois.
Celui qui a toujours envie se demande s'il est trop demandeur. Celui qui n'en a jamais se sent coupable de ne pas pouvoir satisfaire l'autre. Les deux souffrent, différemment, mais réellement.
Résultat : plus personne ne se touche. Et moins on se touche, plus on s'éloigne physiquement et émotionnellement.
Pourtant, la tendresse et la sexualité ne sont pas la même chose. Un couple qui sait entretenir le contact physique sans que chaque caresse soit une invitation, une main sur l'épaule, un baiser dans le cou, une étreinte sans attente, protège son lien. Ce n'est pas anodin : c'est précisément ce tissu de petits gestes qui maintient le désir vivant sur la durée.
Parfois, le blocage est plus profond : une expérience négative non digérée, une image de soi difficile, une gêne face aux fantasmes de l'autre. Des choses qui n'ont pas été dites, ou qui ne trouvent pas les mots.
C'est pourquoi créer un espace de parole bienveillant dans le couple est important, un espace où chacun peut exprimer ses ressentis sans craindre d'être jugé ou de blesser l'autre.
RAPPEL : le respect du consentement s'applique aussi au sein du couple. Personne ne doit être contraint à un acte sexuel non désiré. Tout rapport doit être consenti, toujours.
Enfin, l'exploration individuelle du désir est une ressource souvent sous-estimée. Votre partenaire ne peut pas être l'unique responsable de votre satisfaction sexuelle. Mieux vous connaître, vos envies, vos limites, ce qui éveille votre érotisme, diminue la pression sur l'autre, réduit votre frustration, et paradoxalement, allège aussi la personne moins demandeuse du poids de la culpabilité.
6- Les pistes pour avancer
Une relation amoureuse s'entretient, même quand on est parents, le rôle d'amants ne doit pas se perdre. La complicité, la communication, la tendresse sont des piliers qui se cultivent au quotidien, pas seulement au moment où la crise est là.
Certains couples traversent ces écarts en trouvant des arrangements qui leur conviennent. D'autres ont besoin d'un espace tiers pour dénouer ce qui ne passe plus par les mots, que ce soit en thérapie de couple ou en sexothérapie.
Ce travail porte sur les deux partenaires : ce qui freine celui qui désire moins, mais aussi ce qui pousse celui qui demande davantage. Les deux ont leur part à explorer.
Si la situation dure et pèse, ne pas attendre. Plus l'éloignement sexuel s'installe, plus le chemin de retour est long. En consultation, ce travail est souvent plus rapide qu'on ne l'imagine.
7- Est-ce que ça peut mener à la rupture ?
Oui. Et ce n'est pas superficiel.
On ne peut pas forcer quelqu'un à désirer, ni demander à l'autre de vivre indéfiniment dans la frustration. Si aucun des deux ne souhaite ou ne peut bouger, l'écart de désir devient une impasse.
C'est à chacun(e) de mesurer ce que cela représente dans sa vie et dans son couple.
Conclusion
Le désir ne s'entretient pas tout seul. Il se cultive, dans la communication, dans la tendresse, dans l'attention portée à l'autre et à soi-même.
Un écart de libido n'est pas une sentence. C'est souvent un signal : quelque chose demande à être entendu, ajusté, parfois soigné.
Et si vous ne savez pas par où commencer, c'est exactement pour ça qu'existe la sexothérapie.