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Endométriose : la maladie que le couple porte à deux

  • 15 oct. 2022
  • 9 min de lecture

Dernière mise à jour : 15 mai


Une femme sur dix. Et pourtant, on en parle encore trop peu, surtout de ce qu'elle fait aux couples.

La douleur, la fatigue, les rapports sexuels redoutés, le projet d'enfant remis en question... L'endométriose ne s'arrête pas au corps de celle qui en souffre. Elle s'invite dans le lit, dans les silences, dans les non-dits. Elle teste la patience, la communication, l'intimité.

Mais elle ne condamne pas un couple. À condition de savoir ce qu'on traverse et comment l'affronter ensemble.


Femme souffrant d'endométriose, allongée sur un lit

1- Qu'est ce que l'endométriose ?


L'endométriose est une maladie gynécologique chronique et inflammatoire. En temps normal, la muqueuse qui tapisse l'intérieur de l'utérus, l'endomètre se développe uniquement là où elle devrait être. Dans l'endométriose, ces cellules migrent en dehors de l'utérus et colonisent d'autres organes : les ovaires, les trompes, le péritoine, parfois même l'intestin ou la vessie.


Elle peut apparaître dès la puberté et évoluer jusqu'à la ménopause, période à partir de laquelle elle devient généralement régressive.


Ce qui la rend particulièrement difficile à vivre ? Elle est invisible de l'extérieur.

Et pourtant, pour celles qui en souffrent, elle est omniprésente.




2- Règles douloureuses ou endométriose : comment faire la différence ?


L'endométriose est souvent associée aux douleurs de règles, mais elle ne s'y résume pas.

Les règles sont naturelles, elles rythment la vie des femmes, et il est normal de ressentir des crampes : l'utérus se contracte pour évacuer l'endomètre.


Ce qui doit alerter, c'est quand la douleur dépasse ce cadre :


  • Elle persiste au-delà de 24 heures

  • Elle résiste aux antispasmodiques ou antalgiques habituels

  • Elle s'intensifie d'un cycle à l'autre

  • Elle apparaît en dehors des règles, à l'ovulation, pendant les rapports sexuels, ou de façon quasi quotidienne


Certaines femmes souffrent énormément. D'autres, au contraire, ne ressentent rien et découvrent leur endométriose uniquement lors d'un bilan de fertilité.


C'est toute la complexité de cette maladie : elle ne se vit pas de la même façon d'une femme à l'autre.




3- Quels sont les symptômes ?


Ils varient d'une femme à l'autre, en fréquence, en intensité, en localisation. Et leur sévérité ne reflète pas forcément la gravité de la maladie. Une femme peut avoir une endométriose étendue sans presque rien ressentir. Une autre peut être paralysée par la douleur avec des lésions limitées.

Les symptômes les plus fréquents :


  • Règles très douloureuses (dysménorrhée)

  • Douleurs pendant les rapports sexuels (dyspareunie)

  • Douleurs pelviennes (chroniques ou cycliques)

  • Troubles intestinaux (ballonnements, crampes, douleurs à la défécation)

  • Troubles urinaires (brûlures, envies fréquentes, douleurs)

  • Douleurs lombaires irradiant parfois jusqu'aux jambes

  • Fatigue chronique

  • Difficultés à concevoir

  • Douleur à l'épaule droite (signe rare, mais caractéristique d'une atteinte du diaphragme)


Ces symptômes peuvent apparaître de façon cyclique, permanente ou pas du tout.




4- Le diagnostic


Le diagnostic de l'endométriose est très souvent long entre les premiers symptômes et le diagnostic. Ce délai s'explique en partie par la banalisation des douleurs menstruelles, encore trop souvent minimisées.

Si vous avez un doute, la première étape est de consulter un médecin généraliste, un gynécologue ou une sage-femme. Ils pourront vous orienter vers des examens complémentaires :

  • L'échographie endo-pelvienne ou endo-vaginale : pour détecter des lésions, kystes ou adhérences

  • L'IRM pelvienne : pour une cartographie précise des lésions, kystes et nodules

  • L'hystérographie : pour visualiser l'utérus et les trompes

  • L'échographie endo-rectale : pour analyser d'éventuelles lésions au niveau du rectum

  • Le coloscanner ou uroscanner : pour explorer plus en profondeur le rectum, le côlon ou les uretères

Ne restez pas seule face à des douleurs que vous sentez anormales.



5- Le traitement


Il n'existe pas, à ce jour, de traitement curatif pour l'endométriose. On ne guérit pas de l'endométriose, on apprend à vivre avec, en réduisant au maximum son impact sur le quotidien.


Les options thérapeutiques disponibles visent trois objectifs : améliorer la qualité de vie, freiner le développement des lésions, et supprimer les règles quand elles sont la principale source de douleur.



Les traitements médicamenteux et hormonaux :


  • La pilule contraceptive (souvent en continu pour supprimer les règles)

  • L'implant ou le stérilet hormonal

  • L'injection hormonale (qui induit une ménopause artificielle temporaire)

  • Les anti-inflammatoires et antalgiques (pour gérer les crises douloureuses)

  • Les analogues de la GnRH (pour bloquer la production d'œstrogènes)



La chirurgie :


  • Par cœlioscopie pour retirer ou brûler les lésions, libérer les adhérences

  • Dans les cas sévères, une chirurgie plus lourde peut être nécessaire selon les organes touchés



Les approches complémentaires :


  • Acupuncture, ostéopathie, sophrologie (pour réduire les douleurs et les tensions musculaires)

  • Yoga et activité physique douce (pour assouplir les adhérences et préserver la mobilité du bassin)

  • Alimentation adaptée (avec l'aide d'un professionnel, pour réduire l'inflammation)

  • Méditation, relaxation (pour apprendre à gérer la douleur chronique et le stress)

  • Thérapie (pour traverser psychologiquement l'impact de la maladie sur la vie quotidienne)


Chaque traitement a ses avantages, ses limites et ses effets secondaires. Ce qui fonctionne pour l'une ne fonctionnera pas forcément pour l'autre.

C'est un chemin qui se construit, par essais et ajustements.



6- L'endométriose et l'infertilité



C'est souvent par un bilan de fertilité que le diagnostic tombe, après des mois, parfois des années, à essayer de concevoir sans y parvenir.


L'endométriose est la première cause d'infertilité féminine.

Mais un chiffre important à retenir : elle ne touche que 30 à 40 % des femmes atteintes.


Autrement dit, la majorité des femmes endométriosiques peuvent concevoir, parfois naturellement, parfois avec une aide médicale.

Ce n'est pas une fatalité. Mais c'est une réalité qui peut peser lourd dans un couple, surtout quand le projet d'enfant est au cœur de la relation..





7- Origines et causes : ce qu'on sait, ce qu'on ignore encore



L'origine exacte de l'endométriose reste à ce jour partiellement inexpliquée.

Ce qui est établi : la maladie résulterait d'une combinaison de facteurs génétiques et épigénétiques, à parts à peu près égales.


Mais plusieurs théories coexistent, et aucune ne fait consensus à elle seule.


  • Le reflux menstruel, la théorie la plus répandue

Lors des règles, du sang remonterait par les trompes de Fallope et déposerait des cellules similaires à l'endomètre dans la cavité abdominale et pelvienne.

Ces cellules s'implanteraient sur le péritoine et les organes du pelvis, et continueraient à se comporter comme de l'endomètre, saignant à chaque cycle, provoquant inflammation et adhérences.

Cette théorie expliquerait la majorité des cas, mais pas tous, notamment les lésions situées très loin de l'utérus.



  • La migration cellulaire à distance

Des cellules endométriales voyageraient via les vaisseaux lymphatiques ou sanguins et se déposeraient à distance de l'utérus. Ce mécanisme expliquerait des lésions situées dans des zones inhabituelles comme l'ombilic, le vagin, le col de l'utérus, voire le diaphragme ou les poumons dans de rares cas.



  • Les cellules embryonnaires résiduelles

Des cellules présentes dès le stade fœtal, à un moment où le sexe n'est pas encore différencié, pourraient persister dans l'organisme et se développer ultérieurement sous forme de lésions endométriosiques. Cette théorie permettrait d'expliquer certains cas d'endométriose chez des femmes très jeunes, dès les premières règles.



  • La génétique

Les filles de mères atteintes ont sept fois plus de risques de développer la maladie.

Des mutations spécifiques dans l'ADN ont été identifiées, confirmant une transmission héréditaire partielle.

Avoir une sœur ou une mère endométriosique est donc un facteur de risque significatif.



  • Les facteurs environnementaux et épigénétiques

L'environnement joue un rôle de plus en plus documenté. Les perturbateurs endocriniens présents dans certains plastiques, pesticides, cosmétiques sont particulièrement pointés du doigt. S'y ajoutent la pollution de l'air, une alimentation pro-inflammatoire, la consommation d'alcool, et le stress chronique. Ces facteurs ne causent pas l'endométriose à eux seuls, mais peuvent favoriser son déclenchement ou aggraver son évolution chez les femmes génétiquement prédisposées.



L'endométriose est multifactorielle. Elle ne résulte pas d'un seul mécanisme, ce qui explique en partie pourquoi elle est si difficile à traiter et pourquoi la recherche d'un traitement curatif est encore en cours.



8- Vivre avec une endométriose


L'endométriose est une maladie chronique. On ne la choisit pas, mais on peut apprendre à composer avec elle, jour après jour.


Trois dimensions sont à travailler en parallèle : le physiologique, le corporel et le psychologique. Négliger l'une d'elles, c'est souvent avancer à moitié.



Sur le plan physique et corporel :


  • Les médecines alternatives (acupuncture, ostéopathie, sophrologie, auto-hypnose) peuvent aider à réduire les contractions, relâcher les tensions musculaires et améliorer la mobilité


  • Le yoga et l'activité physique douce permettent d'assouplir les adhérences et de préserver la mobilité du bassin


  • L'alimentation joue un rôle non négligeable, un suivi avec un professionnel de santé peut aider à réduire l'inflammation


  • La gemmothérapie et certains compléments alimentaires peuvent soutenir le système immunitaire

Attention : l'automédication, même à base de plantes, n'est pas sans risque (allergies, interactions médicamenteuses, ...) Consultez toujours un professionnel avant de vous supplémenter.


  • La relaxation et la méditation aident à mieux gérer la douleur chronique et le stress qui l'accompagne




Sur le plan psychologique :


Vivre avec une douleur chronique, invisible aux yeux des autres, est épuisant.


Le deuil de certaines projections, une sexualité sans douleur, une grossesse facile, une vie «normale» réel et mérite d'être accompagné.

La thérapie peut être un espace précieux pour mettre des mots sur ce que le corps traverse, pour ne pas porter seule le poids de la maladie, et pour reconstruire une relation apaisée avec soi-même.





9- L'endométriose et le couple


Quand l'endométriose s'installe, elle ne s'installe pas seule. Elle prend de la place, dans le corps, dans le quotidien, et inévitablement dans la relation.


Pour celle qui en souffre, il y a la douleur bien sûr. Mais aussi la fatigue, la culpabilité de ne plus être disponible comme avant, la peur de décevoir, le sentiment d'être un fardeau. Et parfois, la difficulté à expliquer ce qu'elle ressent à quelqu'un qui ne le vit pas de l'intérieur.


Pour le partenaire, c'est une autre forme d'épreuve : voir l'autre souffrir sans pouvoir vraiment soulager, ne pas toujours savoir comment aider, gérer sa propre frustration sans la montrer, traverser l'incertitude du projet d'enfant.

Les deux souffrent, différemment, mais réellement.



Ce que la maladie peut bousculer dans le couple :


  • L'intimité physique

Les rapports sexuels douloureux modifient profondément la relation au corps et au désir


  • La communication

Les non-dits s'accumulent quand on ne sait pas comment parler de la douleur, de la peur, de la frustration


  • L'équilibre des rôles

La maladie peut créer une asymétrie, l'un devenant aidant, l'autre se sentant assisté

  • Le projet d'enfant

L'incertitude autour de la fertilité peut générer une pression considérable sur le couple


  • Les traitements hormonaux

Ils peuvent entraîner des changements d'humeur, une baisse de libido, des bouleversements émotionnels qui impactent la relation


Créez-vous un espace dans le couple où la maladie peut être nommée sans tabou, sans minimisation, sans dramatisation non plus.

Et quand les mots ne suffisent plus, ou que la situation pèse trop, consulter un thérapeute de couple ou un sexologue peut aider à retrouver un équilibre qui respecte les deux partenaires.


La présence, l'écoute, la patience, ce sont les ressources les plus précieuses que le conjoint puisse offrir. Pas des solutions. Juste être là.




10- L'endométriose et la sexualité


La douleur pendant les rapports sexuels, la dyspareunie, est l'un des symptômes les plus fréquents et les plus silencieux de l'endométriose. Silencieux parce qu'on n'en parle pas. Parce qu'on supporte. Parce qu'on ne veut pas décevoir.


Et pourtant, elle change tout.


Elle change le rapport au corps. Elle change l'envie ou plutôt, elle l'érode. Elle installe une appréhension avant chaque rapport, une tension qui aggrave la douleur, qui renforce l'appréhension. Un cercle vicieux qui, s'il n'est pas nommé, finit par creuser une distance entre les deux partenaires.


Celle qui souffre se sent souvent coupable. De ne plus pouvoir. De ne plus vouloir. D'être « moins » qu'avant. Ce sentiment de culpabilité est compréhensible et injuste. La douleur n'est pas un choix. Le corps n'est pas une défaillance.


De l'autre côté, le partenaire peut se sentir rejeté, incompris, impuissant. Apprendre à entendre «j'ai mal» sans le vivre comme un rejet personnel, c'est un vrai travail, qui demande de la maturité et de la communication.



Alors que faire ?


D'abord, redéfinir ensemble ce qu'est la sexualité. Elle ne se résume pas à la pénétration. Les caresses, la tendresse, le plaisir partagé sous d'autres formes ont toute leur légitimité et peuvent redevenir une source de connexion réelle entre les deux partenaires.


Ensuite, explorer : d'autres positions, d'autres moments du cycle, un lubrifiant pour réduire l'inconfort, une communication plus ouverte pendant le rapport sur ce qui fait mal et ce qui fait du bien.


Et surtout, ne pas rester seuls avec ça. Un sexologue peut accompagner ce travail de réapprivoisement du corps et du désir, sans jugement.


La sexualité avec l'endométriose ne sera peut-être pas la même qu'avant. Mais elle peut rester vivante, différemment, à deux, à votre rythme.



Conclusion


L'endométriose est une maladie complexe, chronique, et encore trop souvent mal comprise, par l'entourage, parfois par le corps médical, et même parfois par celle qui en souffre.


Elle ne se résume pas à des douleurs de règles. Elle ne se résume pas non plus à un problème médical individuel. Elle touche la femme dans son corps, dans son identité, dans son désir. Et elle touche le couple dans son intimité, dans sa communication, dans ses projets.


Traverser ça ensemble est possible. Mais cela demande des mots, de la patience, et parfois un regard extérieur pour démêler ce que la maladie a noué.


Si vous vous reconnaissez dans ces lignes , que vous soyez celle qui souffre ou celui ou celle qui accompagne, sachez qu'il existe des espaces pour en parler. Une thérapie de couple, une sexothérapie, un suivi individuel peuvent faire une vraie différence. Non pas pour effacer la maladie, mais pour ne pas la laisser effacer le couple.

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