Famille recomposée : Et si ne pas aimer les enfants de son (sa) partenaire était normal ?
- 7 oct. 2022
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Dernière mise à jour : 15 mai
Vous l'aimez profondément. Mais ses enfants ? C'est une autre histoire.
Ce sentiment, beaucoup de beaux-parents le connaissent et peu osent l'avouer, tant la culpabilité est grande. La société nous répète que si on aime le parent, on aime le « package ». Mais la réalité des familles recomposées est bien plus complexe, et bien plus humaine que ça.
Car c'est l'une des phrases les plus difficiles à prononcer, et pourtant l'une des plus fréquentes que j'entends en consultation : « J'aime mon (ma) partenaire, mais ses enfants… je n'y arrive pas. »
La famille recomposée est souvent idéalisée avant d'être vécue. Et quand la réalité s'installe avec ses frictions, ses loyautés partagées, ses histoires qui se télescopent, le sentiment de culpabilité peut devenir écrasant.
Vous n'êtes ni un monstre, ni un(e) mauvais(e) partenaire. Vous êtes dans une situation humainement complexe.
1- Pourquoi est-ce si difficile dans une famille recomposée ?
Dans une famille recomposée, on ne part pas de zéro. Chacun arrive avec son histoire, ses habitudes, ses repères et ses enfants éduqués selon des valeurs qui ne sont pas forcément les vôtres.
Ce ne sont pas deux personnes qui s'aiment qui décident de vivre ensemble. Ce sont deux maisonnées entières qui doivent apprendre à cohabiter. Et au milieu de tout ça, des enfants qui incarnent, souvent malgré eux, la vie d'avant, l'autre famille, l'ex, une histoire que vous n'avez pas partagée.
Ajoutez à cela le message que la société véhicule encore trop souvent :
« Si tu aimes le parent, tu aimes les enfants. Ils font partie du package »
C'est faux.
On peut aimer éperdument quelqu'un sans ressentir la même chose pour ses enfants.
Ce n'est pas un échec, ce n'est pas un manque de générosité. C'est simplement que l'amour ne se commande pas, ni dans un sens, ni dans l'autre.
Comme le rappelle le Dr Christophe Fauré : « On ne force pas l'amour. S'il est là, c'est formidable, mais si ce n'est pas le cas, ce n'est pas la fin du monde. De plus, on aime rarement ses beaux-enfants dès les premiers instants. Les apprécier demande du temps et de la patience »
2- Que faire ?
Avant de chercher des solutions, il est utile de s'arrêter sur ce que cache vraiment ce sentiment. Car souvent, ce n'est pas l'enfant en lui-même qui pose problème, c'est ce qu'il représente, ce qu'il renvoie.
Posez-vous honnêtement ces questions :
Est-ce un manque d'affinités réel avec cet enfant ?
Est-ce que son éducation vous heurte, des comportements que vous trouvez irrespectueux ou mal encadrés ?
Avez-vous l'impression de passer après lui dans le cœur de votre partenaire ?
Craignez-vous de ne jamais être accepté(e) par lui ?
Êtes-vous jaloux(se) de la relation que votre partenaire entretient encore avec son ex ?
Souhaiteriez-vous avoir un enfant ensemble, et cette situation vous pèse ?
Vous sentiez-vous exclu(e) du lien fort qui unit votre partenaire à ses enfants ?
Aviez-vous imaginé une relation idéale avec vos beaux-enfants et la réalité est décevante ?
Ce travail d'introspection est la première étape. Parce qu'on ne peut pas construire une nouvelle famille sans avoir fait le deuil de celle qu'on s'était imaginée.
Ce que l'on ressent face aux enfants de l'autre est rarement anodin. C'est souvent le reflet de quelque chose de plus profond, une blessure, une peur, une attente déçue, qui mérite d'être regardé en face.
3- Comment faire pour sortir de cet état d’esprit ?
Il n'existe pas de formule magique. Mais il y a des choses concrètes qui font bouger les lignes.
Regardez autrement: Ce que l'on fixe finit par prendre toute la place. Si vous ne voyez que ce qui vous énerve, vous passerez à côté de ce qui pourrait vous toucher. Cherchez une qualité chez chaque enfant, pas pour vous forcer à les aimer, mais pour rééquilibrer une perception qui s'est peut-être figée dans le négatif.
Dites ce que vous ressentez: Le silence protège sur le moment, il empoisonne sur la durée. Parlez à votre partenaire de ce que vous vivez, avec des exemples concrets, sans accusation. Et si les tensions sont régulières, une «réunion familiale » mensuelle peut créer un espace où chacun s'exprime librement, en sécurité.
Faites le premier pas: Attendre que ça vienne des enfants, c'est souvent attendre pour rien. Proposez une activité, un moment simple, sans pression. Ce n'est pas capituler, c'est choisir d'agir plutôt que de subir.
Acceptez que ça prenne du temps: S'impatienter ne fait qu'aggraver les choses. Une famille recomposée se construit lentement, par petites touches. Chaque membre a besoin de temps pour trouver sa place, y compris vous.
Établissez des règles valables pour tous: Des règles claires, identiques pour tous les enfants sans exception, évitent les sentiments d'injustice et les conflits inutiles. Posez-les ensemble, avec votre partenaire, et tenez-y vous.
Exigez le respect, sans exiger l'amour: Personne ne peut être forcé à aimer. Mais le respect, lui, n'est pas optionnel. Dites-le clairement à vos enfants dès le début. Et montrez l'exemple en traitant tous les enfants de façon égale.
Créez des souvenirs ensemble: Les liens ne se décrètent pas, ils se construisent dans les moments partagés. Une sortie, un jeu, un voyage, ce sont ces instants qui, avec le temps, font qu'on finit par se sentir famille.
Ne négligez pas votre couple: C'est lui le socle de tout le reste. Sans lui, rien ne tient. Préservez des moments à deux, ressourcez-vous ensemble. Un couple solide est la meilleure fondation qu'une famille recomposée puisse avoir.
4- Un enfant peut-il séparer le couple ?
C'est une question que j'entends souvent en consultation.
Et la réponse est : oui, mais pas seul.
Un enfant ne sépare un couple que si l'un(e) des deux partenaires le laisse faire. Ce n'est pas un jugement, c'est une réalité. Quand un parent n'est pas pleinement ancré dans son désir de construire avec l'autre, l'enfant devient inconsciemment le porte-parole de cette hésitation. Il occupe l'espace qu'on lui laisse.
Un parent qui a choisi, vraiment choisi, n'a pas à négocier sa vie amoureuse avec ses enfants. Il peut leur dire avec calme et fermeté :« Je t'aime, et j'aime aussi cette personne. Ces deux choses peuvent coexister, même si c'est difficile à accepter pour toi en ce moment. »
Ce n'est pas brutal. C'est rassurant. Les enfants ont besoin de sentir que leurs parents sont des adultes solides, pas des adultes qui chancellent à la moindre pression.
Et attention aux conséquences à long terme. Un enfant qu'on laisse prendre le dessus sur ce terrain risque de grandir en reproduisant ce même schéma : chercher l'amour tout en faisant inconsciemment tout pour le faire échouer.
Il intègre, sans le savoir, que sa résistance a du pouvoir sur les choix affectifs des adultes. Que l'amour est négociable. Fragile. Conditionnel.
Ce schéma peut le suivre longtemps, dans ses propres relations, dans sa façon d'investir ou de fuir l'intimité. Ce que l'on croit protéger en cédant peut, paradoxalement, lui nuire bien plus que la situation elle-même.
Conclusion
Personne ne naît beau-parent. Il n'y a pas de mode d'emploi. Personne ne vous a préparé à ça, ni vous, ni votre partenaire, ni les enfants. Et la première chose à accepter, c'est que ça ne ressemblera jamais exactement à ce que vous aviez imaginé. Ne pas aimer d'emblée les enfants de l'autre n'est pas une honte. C'est une réalité que beaucoup vivent en silence. Ce qui compte, ce n'est pas ce que vous ressentez au départ, c'est ce que vous décidez d'en faire. Les liens ne se décrètent pas. Ils se tissent lentement, dans les moments du quotidien, les ajustements, les maladresses et les efforts des uns et des autres. N'oubliez pas : dans cette histoire, c'est vous l'adulte. C'est vous qui avez la capacité de prendre du recul, de chercher des solutions, de créer les conditions d'une relation possible, même imparfaite. Et si malgré tous vos efforts, les tensions persistent, ne restez pas seul(e) avec ça.
Une thérapie individuelle, de couple ou familiale peut vous aider à y voir plus clair et à donner à cette famille une vraie chance de trouver son équilibre.


