Famille recomposée: Je ne supporte plus l'enfant de mon (ma) partenaire


Voilà, vous avez trouvé la personne idéale, celle qui correspond à toutes vos attentes, et avec qui vous avez envie de faire des projets. Votre bonheur pourrait être complet, s’il n’y avait pas ses enfants que vous n'aimez pas ! Sujet délicat et pourtant plus fréquent que l’on pourrait penser.




Pourquoi ce sentiment ?


Contrairement à un foyer « traditionnel », les membres de la famille recomposée arrivent chacun avec un passé, une histoire personnelle et deux systèmes de pratiques éducatives qui se télescopent. Ce ne sont pas juste deux personnes qui éprouvent des sentiments l’une pour l’autre, il s’agit avant tout, de deux maisonnées, aux fonctionnements parfois bien différents, qui doivent désormais apprendre à vivre ensemble.


Avec bien évidement, comme dit précédemment, dans le lot des enfants éduqués par un(e) autre, n’ayant pas les mêmes habitudes, les mêmes attentes, limites, et valeurs que vous.


Alors oui pas facile de (re)construire une vie amoureuse en élevant les enfants d'autrui. Qui de plus, aimer des bambins qui vous rappellent constamment qu’ils sont issus d’une précédente union qui incarnait de façon évidente le fruit d’un amour entre votre conjoint(e) et son ex.


Ajoutez à cela une société qui prône le message que : « Si on aime le papa ou la maman, il faut aimer les enfants. Ils font partie du package, alors pas le choix ! »

Mais cela est totalement faux ! Ce n’est pas parce qu’on aime éperdument un homme (une femme) qu’on va aimer ses enfants ! Il est tout à fait concevable de ne pas aimer les enfants de votre compagnon (compagne). Cela ne vous empêche pas d’être attentif (ve), de les traiter avec respect et de nouer avec eux une relation positive. Cela reste aussi valable du côté des beaux-enfants et de nos enfants. On n’oblige personne à apprécier l’autre.


Comme le dit, le Dr Christophe Fauré, dans son livre « Comment t’aimer, toi et tes enfants ? » :

« On ne force pas l’amour. S’il est là, c’est formidable, mais si ce n’est pas le cas, ce n’est pas la fin du monde. De plus, on aime rarement ses beaux-enfants dès les premiers instants. Les apprécier demande du temps et de la patience. »


« Par ailleurs, le fait de ne pas aimer d’amour vos beaux-enfants ne signifie pas une absence d’attention, de respect ou même d’une certaine tendresse à leur égard. »



Que faire ?


La meilleure chose à faire, pour avancer, est d’accepter le passé de chacun, et de faire le deuil de cette famille passée, que l’on garde bien souvent dans un coin de sa tête.


Et ensuite de réfléchir à ce que cache ces sentiments de manque affectif qui peuvent être multiples et parfois s’entremêler l’un dans l’autre.

Souvent inconsciemment, on rencontre des problèmes avec les enfants de notre conjoint(e), parce qu’ils nous renvoient une image de nous dont nous n’avions pas connaissance.


En effet plusieurs raisons peuvent être possible :

  • Est-ce par manque d’affinités avec ces enfants là ?

  • Est-ce parce que vous n'êtes pas en accord avec leur éducation, vous les trouvez impolis, mal élevés, … ?

  • Est-ce parce que vous avez l’impression de passer après eux dans le cœur de votre partenaire ?

  • Est-ce parce que vous craignez que ses enfants ne vous apprécient pas ?

  • Est-ce parce que vous êtes jaloux(se) des rapports qu’il (elle) entretient encore avec son ex ?

  • Est-ce parce que vous n’avez pas de loupiot ensemble ?

  • Est-ce parce qu’ils ressemblent trop à l’ex ?

  • Est-ce parce que vous avez mis la barre trop haute, avec un idéal de relation avec vos beaux-enfants, que vous vous imaginiez être proches, complices, et que la réalité est un peu différente ?

  • Est-ce parce que vous vous sentez exclu(e) de la relation forte qui lie votre partenaire à ses enfants ?

  • Est-ce parce que vos nouveaux beaux-parents accordent trop de place à l’ex ?



Comment faire pour sortir de cet état d’esprit ?

Tout le monde à un moment donné peut éprouver des difficultés à faire fonctionner une famille recomposée, et avoir l’impression que ça ne collera pas.


Sachez que les changements dans ce mode familial doivent s'opérer en accord avec votre conjoint(e).

Voici quelques conseils pour tenter de trouver l’harmonie :


  • Changez votre vision


Dans cette situation, on a tendance à tout voir en noir et pourtant tout ne l’est pas forcément. Si vous avez envie de construire quelque chose avec votre chéri(e), il va falloir voir regarder autrement.


Car au final chacun a sa façon de voir les choses, chacun sa carte du monde, son interprétation. On a tendance à oublier que l’autre n’a pas le même vécu que nous.


Donc forcez-vous à regarder les choses sous un autre angle, si Giulia saute partout, crie, claque les portes, si Lucas n’éteint jamais les lumières, si Chloé mange comme une petite gourmande en mettant de la nourriture autour et sur elle, si Noah fait pipi à coté du toilette avec la porte ouverte, si Jade ne veut pas se doucher avant d’aller se coucher, si Arthur laisse toujours ses mouchoirs dans les poches de son pantalon et direct dans le panier de linges sales, …


Est-ce vraiment utile de vous énervez ? Trouvez des solutions adaptées et faites abstraction de tout cela. Et pour atténuer le côté insupportable des enfants, cherchez-leur des qualités.


Comme par exemple :


- Lucas peut être plus poli que les enfants de son âge. La politesse est très importante de nos jours, c’est une qualité difficile à égaler parce qu’elle touche directement la notion de respect.


- Noah peut avoir le sens de l’humour. Il n’y a rien de tel qu’un enfant qui a le sens de l’humour pour répondre du tac au tac et nous faire sourire après une mauvaise journée.


- Jade peut être altruiste. Elle aide tout le temps son frère ou sa soeur, et les soutient même quand ils ont de la peine, elle fait même preuve d’empathie dans une situation difficile.


- Chloé peut être persévérante. Elle ne baisse pas les bras devant une difficulté, n’abandonne pas et veut réussir coûte que coûte.


- Arthur peut être généreux. Il partage ou donne son goûter, ses jouets, avec plaisir.


- Giulia peut être câline. Elle montre des gestes d’attention, d’affection aux autres membres de la famille.


  • Communiquez

Refouler ses sentiments n’est jamais une bonne idée, on se tait pour éviter les tensions mais on accumule les rancœurs. Évoquez vos ressentis, vos problèmes, donnez des exemples : « Je trouve que tu me manques de respect quand tu fais ça », « Je pense que ce serait mieux pour tout le monde, si tu arrêtais de faire ceci »


Sinon vous pouvez aussi créer un espace de parole, du style « réunion familiale » à raison d’une à deux fois par mois. Un rendez-vous où chacun pourra dire ouvertement ce qu’il a sur le cœur et où il sera demandé de trouver des solutions aux différents problèmes exprimés, le tout avec bienveillance.


  • Adoptez une autre attitude

« Sois le changement, que tu veux voir dans le monde ! » comme disait Gandhi.

Pour provoquer un changement de comportement chez les enfants de votre conjoint(e), commencez par changer votre comportement. Communiquez plus, parlez-leur, proposez-leur des activités ou simplement passez un peu de temps avec eux plutôt que d'être sans cesse dans le reproche et la tension.


  • Laissez-vous du temps

Comme le proverbe qui dit: “Rome ne s’est pas faite en un jour”, sachez qu’il vous faudra du temps et pas mal d’ajustements pour arriver à une certaine cohésion familiale, mais aussi pour que chaque membre de la famille trouve sa place.

  • Instaurer des règles de vie communes

Ex: Si pour l’un, c’est coucher à 20 heures obligatoire, pour l’autre, c’est pas de sucrerie ni de soda !

Si c’est chaque repas devant la télévision pour l’un, et pour l’autre c’est douche obligatoire tous les soirs, etc …

Cela va souvent créer des conflits, car ces différences seront vécues par les enfants comme des injustices.

Le dialogue est donc la clé de la réussite, en posant d’emblée des limites concrètes. Avoir des règles claires, identiques pour tous les enfants (les vôtres ou pas), justes, qui respectent les besoins de chacun, pour permettre de gommer les potentielles différences, et donc d’éviter les querelles.


Chacun trouvera plus facilement sa place et les enfants sauront ce qui est permis ou pas au sein de leur nouveau foyer.


  • Respectez-vous

Dès le départ, soyez clair avec vos enfants : ils n'ont aucune obligation d'aimer leur beau-père (belle-mère) ni leurs beaux-frères et sœurs, mais ils doivent les respecter.


De même à votre égard, soyez cohérent(e) : traitez tous les enfants sur un pied d'égalité, ne privilégiez jamais les vôtres au détriment de ceux de votre compagnon (compagne). Et surtout ne diabolisez pas l’enfant de l’autre !


  • Faire des activités, des sorties, des voyages en famille

Ainsi vous aiderez les enfants à s'accepter les uns les autres en leur proposant des moments d'échange et de partage. Organisez des sorties, des jeux, tous ensemble. Donnez-leur l'occasion de se rendre compte des avantages de la situation, en appréciant des instants joyeux avec leurs frères et sœurs adoptifs.

L’important est de passer du temps ensemble, afin de se créer des souvenirs communs.


  • Aidez votre nouveau (nouvelle) conjoint(e) à s’intégrer

Être beau-père ou belle-mère est une place particulièrement ingrate. Lorsque votre compagnon (compagne) est en conflit avec l'un de vos enfants, soutenez-le (la), quand bien même vous n'approuvez pas totalement son point de vue.

En montrant aux enfants que vous êtes tous deux soudés, que vous formez une alliance parentale, vous les aiderez à accepter cette nouvelle configuration et à y trouver des repères rassurants qui favoriseront et respecteront la place donnée de beau-père (belle-mère). Rien ne vous empêchera ensuite de régler vos désaccords tous deux après le coucher des enfants.


  • Privilégiez des moments avec juste votre amoureux (euse)

La vie dans une famille recomposée peut être assez mouvementée, en particulier au début de l’aventure. Raison pour laquelle il n’est pas rare de se perdre, ou encore de délaisser son couple. De plus une mauvaise relation avec les enfants de votre conjoint(e) peut nuire à votre relation de couple.

Et n’oubliez pas que cet amour qui vous lie est à la base de votre famille recomposée. Pensez à communiquer avec bienveillance, mais aussi à passer du temps de qualité à deux, loin de cette vie parfois si complexe, afin de vous ressourcer. Plus votre duo ira bien, plus vous trouverez des solutions aux problèmes que vous rencontrerez dans votre famille recomposée.



Un enfant peut-il séparer le couple ?


Pour créer ce nouveau couple, il faut être à deux à le vouloir. L’enfant prend beaucoup d’importance quand l’homme (ou la femme) ne prend pas assez la sienne au sein du couple, et quand il y a des failles inconscientes dans le désir de se soutenir l’un l’autre, de se protéger, et de se donner la véritable place.


Si le parent est clair avec son désir, il imposera tranquillement son nouveau couple à son enfant, et il n’aura pas le dernier mot: "J’aime cet (cette) homme (femme), j’ai envie de vivre avec lui (elle), il n’y a aucune raison que tu interviennes d’une façon ou d’une autre." "C’est inadmissible, tu n’as pas à te comporter ainsi."


Ne pas imposer son nouveau conjoint, et laisser l’enfant séparer le couple, peut avoir des conséquences sur sa future vie amoureuse. Le risque est qu’il connaisse des relations impossibles à répétition, considérant toujours l’autre inapprochable, comme l’était le parent en question.


Quand les personnes me disent en séance: «Je veux vraiment vivre cette histoire d’amour, mais mon enfant se met entre nous »

Ces individus sont ambivalents. Ils pensent avoir sincèrement envie de vivre une histoire d’amour, même y croire très fort, et en même temps ne pas y croire, inconsciemment, bien sûr. Leur ambivalence s’exprime à travers l’enfant à qu’ils font inconsciemment porter la responsabilité de la rupture.



Conclusion


Dans cette relation entre les enfants et vous, c’est vous l’ADULTE, ne l’oubliez pas. La place de beau parent est une place délicate car il faut tricoter avec les caractères des enfants de chacun. Et les liens affectifs sont électifs, c'est-à-dire qu’ils ne sont pas acquis, ils sont à créer, à tisser, à entretenir, à réinventer, …


C’est donc à vous adulte, de prendre du recul, de réfléchir à la situation, de trouver des solutions, …

À vous de chercher des terrains d’entente, soit en partageant une passion, un sport, en jouant à des jeux de société ou en faisant des sorties avec eux (cinéma, parc de jeux, shopping, …)


Si malgré tous vos efforts, les difficultés restent bien présentes, l’option de consulter un thérapeute pour faire une thérapie individuelle, de couple ou même familiale est toujours une bonne option.